La transe (de
transir : passer, s’en aller…)
représente
l’état
de conscience modifié (entre
veille et sommeil) dans lequel le sujet se
trouve pendant la séance d’hypnose. Il ne
s’agit pas de grimper au plafond ou
de danser frénétiquement mais simplement
d’entrer dans un état d’attention
intermédiaire, un état d’absorption
naturel que nous traversons plusieurs fois
chaque jour (par exemple au cinéma où,
absorbé par le film, on oublie la salle
et les gens autour). En hypnose ericksonienne, cette absorption du
sujet sera
tournée vers lui-même, ce que l’on nomme
focalisation
interne.
Cette
focalisation interne naît d’un recul, celui du conscient. Le sujet
s’occupe moins de
l’extérieur, se tourne donc vers
l’intérieur.
Les stimuli externes perdent de leur importance. Sorti de ce cadre
conscient,
le sujet change son
orientation à la
réalité, s’ouvre
à de
nouvelles
ressources, possibilités d’évolution jusque là inconscientes,
les compétences
personnelles se développent :
créativité, imagination, ressources
d’évolution, changement
de représentation, accès à des
savoirs, connaissance etc…
Domaines
de compétences de l’inconscient
La condition
du
changement
est donc l’accès
à des ressources.
La difficulté
du changement psychologique réside
dans la nature
inconsciente de
ces ressources.
L'hypnose ericksonienne en constitue une clef
d’accès.
En
évoquant le terme d’ «inconscient
», on est loin ici des
conceptions freudiennes, faisant de l’inconscient une
entité obscure voire
menaçante qui joue le plus souvent des tours pendables.
Erickson
a introduit une vision bien différente et
opératrice
de l’inconscient :
- Le conscient,
c’est la conscience du moi
ici et
maintenant, c’est-à-dire les quelques
choses que
vous êtes en train de faire,
les quelques choses auxquelles vous portez attention.
- L’inconscient,
c’est tout le reste, «ce
qui n’est pas
encore conscient», conception ericksonienne très
large. 95% de notre
fonctionnement est inconscient.
L’hypnose établit
un pont vers cette richesse
intérieure.
L’hypnose
est un pont, un moment privilégié où
la partie émergée
de l’iceberg, consciente, fait appel à la partie
immergée, inconsciente.
Plus
précisément, l’inconscient
présentera différentes
fonctions utiles :
1.
Fonction de connaissances : l’inconscient est
une
gigantesque archive d’apprentissages, de souvenirs, de
connaissances... C’est
entre autre le siège des expériences de vie, des
croyances, des stratégies
internes qui vont générer nos émotions
et nos comportements (adaptés ou
pathologiques).
2.
Fonction biologiques : l’inconscient fait
fonctionner
notre corps, (équilibres naturels, régulations
physiologiques autonomes, système
immunitaire, …). Il n’y a pas ici de dichotomie
psycho-soma :
L'esprit
et le corps représentent deux aspects d'un
seul et même système d'information : la vie
(Rossi)
3.
Fonction de protection : l’inconscient est le
siège de l’instinct
de survie mais aussi de l’intuition par exemple et sait
rendre conscient ce qui
est nécessaire au sujet (prises de conscience), mettre de
côté ce qui pose
problème ou est inutile (refoulement, oubli). Il est
orienté vers le bien-être
et la survie.
Changement
et inconscient
Un
changement de représentation de la
réalité s’établit
donc à un
niveau inconscient avant d’être
conscientisé de manière plus ou moins
parcellaire. Il s’agit d’accéder
à des ressources jusque là inconnue et donc
inutilisées :
Vous savez beaucoup plus de
choses que vous savez que vous
savez. M.H. Erickson.
Ceci
rejoint le présupposé de la programmation
neuro-linguistique
:
Chaque
personne dispose déjà de toutes les ressources
dont
elle a besoin.
Ces
aspects introduisent la nécessité de la variation
de l’état
de conscience dans la relation thérapeutique.
L’état
de conscience modifié
constituera
un moment de choix
d’accès aux informations et de
travail intérieur d’évolution ou de changement.
Caractéristiques
de l'inconscient
Avant
de découvrir les modalités ou techniques de
communication avec l’inconscient, il convient de
définir les contours et caractéristiques
de cette richesse intérieure.
w L’inconscient
est hyper-compétent : il est capable
de
traiter de multiples informations de manière
simultanée, cela à une grande
vitesse. Les ressources thérapeutiques sont donc puissantes
voire illimitées.
w L’inconscient est
omniscient : il contient et manie des
informations sans que le conscient en soit informé. Le
travail thérapeutique
peut donc s’installer à différents
niveaux, au-delà des capacités conscientes,
de manière large et approfondie.
w L’inconscient
est personnel : tout ce qui concerne la vie
du sujet est stocké, archivé et constitue donc un
matériau utile. En mobilisant
l’inconscient, on sollicite l’entière
intériorité de la personne, dans toute sa
richesse d’information et sa profondeur.
w L’inconscient
est autonome : il
possède ses propres modes
de fonctionnements, indépendants des limites de du
conscient. Là où le
fonctionnement conscient est bloqué ou inefficace,
l’inconscient peut mettre en
place des processus qui lui sont personnels.
w L’inconscient
est constamment
présent : le conscient connaît
des périodes de veille et de sommeil,
l’inconscient a une activité et donc une
capacité d’action permanente.
w L’inconscient
est créatif
: sollicité de manière
adaptée,
il mobilise des ressources diverses et variées et met en
place des solutions
insoupçonnées, ignorées consciemment.
w L’inconscient
est une gigantesque
archive : tout événement,
connaissance, expérience, consciemment connus ou non, sont
archivés et réutilisables.
L’inconscient est un grand réservoir
d’informations.
w L’inconscient
a un
fonctionnement simple : il est concret,
littéral, ne connaît pas l’abstraction,
privilégie les fonctionnements
élémentaires
(survie, facilité…). La communication doit donc
s’adapter à ces caractéristiques
avec un langage et des techniques pertinentes.
w L’inconscient
fonctionne par images : le mode de
communication préférentiel se construira donc sur
des images, symboles et métaphores.
Hypnose
conversationnelle et communication ericksonienne
La
structure de l’accession à un état
modifié de conscience pourrait se résumer par
le schéma suivant :
La structure
décrite ici, révèle par sa
simplicité un point important :
l’état hypnotique peut être obtenu de
manière non formelle, officielle (établissement
d’un cadre ou on s’installe,
ferme les yeux…). Cet
aspect sera décrit
à travers le chapitre traitant de l’hypnose
conversationnelle.
De nombreuses
techniques ericksoniennes peuvent
être
également utilisées sans état
modifié de
conscience. Il s’agit alors de communication
ericksonienne, conception à l’origine
de
nombreuses thérapeutiques actuelles (programmation
neuro-linguistique, thérapie orientée solutions,
thérapie stratégique etc…)
Stratégies
ericksoniennes
Le
fondement psychothérapeutique d’Erickson est assez
simple : tout homme a
en lui les ressources et potentialités de son
évolution. Ce chapitre présente
une théorisation des stratégies ericksoniennes.
Sont repris ici les 5 termes
issus de la théorisation de dan Short :
fragmentation, progression, distraction, réorientation et
utilisation.
w Fragmentation
Pour
qu’une problématique soit résolue, les
ressources doivent être plus importantes
que le problème a résoudre. En le fragmentant en
parties plus petites on peut
le remettre en cause plus aisément. Une
difficulté insondable se transforme
ainsi en problèmes limités et donc plus
accessibles.
Définir
précisément un problème,
c’est aussi le fragmenter. Le problème,
d’abord
réalité floue et vague est clairement
circonscrit, perd de sa nature
incontrôlable ou envahissante. Il y a le problème
mais aussi tout ce qui n’est
pas problématique ou soluble.
w Progression
La
progression est une approche qui là encore diminue
l’intensité du problème en
mettant en place une série de petits
bénéfices. Les succès encouragent le
coaché et développent la motivation a continuer
le processus de changement qui
se fait progressivement. Il y a ici une recherche de la plus petite
indication
de progrès que l’on retrouve dans la
démarche orientée solution.
Le
point essentiel de cette stratégie est le temps :
le client doit pouvoir
concevoir que comme tout phénomène
d’adaptation, la progression s’inscrit dans
le temps et que les attentes doivent donc être
réalistes. Cette notion est
également importante pour le thérapeut qui doit
lui aussi
s’inscrire dans la temporalité
de la résolution du problème, car la
première progression peut être minime.
C’est également ce processus que l’on
retrouvera dans les techniques de
désensibilisation progressive.
w Distraction
La
distraction est un outil puissant pour désactiver des
lectures d’avenir,
auto-programmations négatives ou réponses
conditionnés à un stimulus. Il s’agit
de rompre un cercle vicieux, de détourner
l’attention de situations temporaires
par un questionnement ou une activité incompatible avec
l’automatisme négatif.
-
Un leurre
externe à forte charge émotionnelle peut par
exemple distraire la focalisation sur un état interne
limitant.
-
Le
questionnement peut être
stratégique,
c’est-à-dire
poser une autre
problématique présupposant le
problème résolu. En
réfléchissant
à la réponse, le sujet admet le
problème comme résolu.
-
L’insistance
sur les détails peut également être un
bon
outil de distraction : absorbé dans la
complexité d’un acte, on en oublie
sa problématique. Il s’agit de faire focaliser le
sujet sur une partie de la
réalité mais en terme de succès.
w Réorientation
On
trouve la réorientation, d’un point de vue
général dans
tout démarche de changement, puisqu’elle
« est » le changement :
changement de perspective qui permet d’évoluer
dans la perception d’une
situation présente ou d’expérience
passée. Le rôle du coach n’est pas
d’imposer
un autre point de vue mais d’élargir le spectre
des possibilités.
-
L’outil de réorientation omniprésent
dans le coaching
est le recadrage déjà décrit dans un
chapitre précédent (cf p.) : on
prend les critères et variables de la
réalité pour les transporter dans un
cadre psychologique nouveau, qui de lui-même transpose les
informations. Il
s’agit donc en fait d’un reconditionnement cognitif
qui permet d’accéder à
d’autres manières de réagir.
- Forme de
recadrage, la normalisation est le processus par lequel on transforme
un
stimulus inquiétant en intention positive.
-
L’extériorisation est également une
forme de recadrage
qui consiste à réorienter le coaché
pour avoir un point de vue extérieur sur la
problématique. La caricature d’un comportement
peut par exemple être un outil.
-
La distorsion temporelle est un une technique de
réorientation : allonger la durée
subjective des moments positifs
et diminuer celle des moments
négatif une relecture différente de ce qui a
été, est ou sera vécu.
w Utilisation
La
stratégie d’utilisation consiste à
utiliser ce que le sujet propose, que ce
soit fonctionnel ou dysfonctionnel. Le sujet se sent accepté
et renforcé dans
l’idée qu’il possède les
ressources de son évolution. En utilisant même ce
qui
est problématique, l’individu ne se sent plus
« obligée » de
changer,
les résistances tombent.
-
Lien
simple : Le but d’une
démarche
utilisationnelle est de lier l’énergie
déployée à une action
améliorant la
situation. En d’autres termes : qu’est-ce
que la personne a envie de faire
(valeurs et désir) et en quoi cela peut-il lui
être utile ?
-
Double
lien : Dan Short décrit le double lien comme une
« embuscade
bienveillante ».
Hypnose et
régression
La
régression est une technique
hypnotique avancée, à pratiquer avec un
thérapeute
de qualité.
Retrouver le
passé et le revivre
ne sert à rien en soi.
Par
contre, il peut être utile
de reconsidérer un événement du
passé (la plupart
du temps pendant l’enfance ou juste avant). Pour
établir une distance,
on crée une dissociation : le sujet n’est pas dans
l’événement,
mais l’observe (il voit, entend mais ressent peu). Dans cette
position,
l’adulte d’ici et maintenant peut voir le
passé sous un nouvel éclairage,
comprendre, recadrer sa perception, ce qui n’est pas possible
à
l’enfant, raisonnant et appréhendant la
réalité comme
son âge lui permet. La régression n’est
pas un outil du passé,
mais un outil puissant et efficace de restructuration du
présent
et de l’avenir.
Régression
ou pas ?
On
peut confier la réponse
à O. Lockert (1) :
«
- En cas de « bleu
à l’âme » (du aux choses du
passé) : soignez
le présent. Pansez les blessures. Pas de
régression.
-
En cas « d’épine
à l’âme » (due aux choses du
passé) : soignez
le passé. Retirez l’épine et
désinfectez grâce
à la régression hypnotique »

Prescription de
tâches
Peut-être
avez-vous entendu
parler d’un praticien en hypnose ericksonienne ou
d’Erickson lui-même
qui prescrivait des tâches étranges voire
loufoques.
Les
tâches seront de diférents
ordre :
-
Tâches métaphoriques
: il s’agit d’exprimer le changement sous
une forme métaphorique.
A quelqu’un qui rêve de couper les liens avec une
maman trop possessive,
on peut tout à fait demander d’acheter une corde
et d’en couper
un bout chaque jour. L’inconscient comprend très
bien ce type de
message (détruire, enterrer, couper voire brûler,
sont des
tâches symboliques par excellence).
-
Taches ordaliques :
il s’agit de prescrire une tâche plus
pénible que le symptôme,
à l’apparition du dit symptôme. Par
exemple, Erickson prescrivait
des tâches insensées aux insomniaquex en cas de
réveil
la nuit, ce qui fait qu’ils préféraient
inconsciemment… ne
pas se réveiller.
-
Tâches paradoxales :
Le but est de prescrire le symptôme au sujet. Le but est de
réintroduire
l’idée de contrôle du
symptôme, de demander au sujet
de le produire à la demande.
-
Tâches d’apprentissages
: proches du comportementalisme, tâches qui
permettent de développer
les compétences nécessaires à la
résolution
du problème.

Psychobiologie -
Erickson, Rossi
Le terme de
psychobiologie correspond
ici aux progrès et découvertes mis en place par
l'émergence
de l'hypnose ericksonienne, non aux errements divers que des gourous en
tous genres peuvent mettre en place actuellement.
Au
début des années
50, Milton Erickson a réintroduit l'hypnose
dans le domaine thérapeutique, une hypnose ouverte,
non-directive.
Dans son sillage, l'école de Palo Alto et quelqu'uns de ses
élèves,
dont Rossi, ont continué son travail et
générant un
renouveau important dans le champ de la psychosomatique. Rossi effectue
un travail considérable dans ce domaine, aidé des
progrès
et études de la neurobiologie (étude des
neuro-transmetteurs
qui font la liaison corps-esprit). Depuis peu, la
psycho-neuro-immunologie
apporte les bases scientifiques de cette approche, jusque-là
essentiellement
empirique.
"L'esprit
et le corps représentent
deux aspects d'un seul et même système
d'information : la
vie" (Rossi)
Sans entrer dans
des détails
et termes trop scientifiques, l'élément
primordial de ces
avancées est l'information (et son traitement). la
psychologie,
la biologie, la physique, la génétique ou toute
approche
humaine ont un dénominateur commun : l'information.
"Toutes
les formes d'organisation
sur le plan psychologique, physique et biologique, sont en fait des
expressions
de l'information et de ses transformations" (Stonier)
La
transduction : ce terme
désigne le processus de transformation de l'oganisation de
l'information,
ou sa conversion d'une forme à une autre. La transduction
est par
exemple le procédé qui transforme la suggestion
hypnotique,
la concrétise en un changement. Transformer la parole en
acte générateur.
Concrêtement,
nous vivons des
événements que nous encodons, nous stockons en
les convertissant.
Pour celà, nous utilisons les mollécules
messagères
issues de toutes nos cellules. Le corps est
considéré comme
un vaste réseau d'information ou tous les
systèmes communiquent,
imbriqués les uns dans les autres, en inter-relation
(génétique,
immunologique, hormonal...). Cet encodage est stocké dans le
système
hypothalamo-limbique du cerveau. Ce système est au centre de
la
communication de l'information, schématiquement entre le
stress
et les réponses immunitaires.
Selon
l'état
psychologique,
émotionnel du sujet, il peut alors y avoir :
-
adaptation au
stress : l'information
est traduite, transmise, le sujet s'adapte de manière
appropriée.
-
non-adaptation
: l'information
est arrêtée, ce qui génère
le symptôme
psychosomatique.
Une
répétition de stress
va entraîner une altération durable des encodages.
Le symptôme
psychosomatique est alors stocké de manière
erratique comme
LE phénomène d'adaptation. Ainsi, même
si le stress
a disparu, la "fausse" réponse d'adaptation,
symptôme psychosomatique,
reste et s'installe comme LA réponse.
L'hypnose
thérapeutique se
penche sur ces phénomènes de traitement de
l'information,
tous ces processus psychobiologiques naturels de transduction de
l'information,
de la mémoire, des apprentissages et des comportements en
étroite
relation avec l'état émotionnel du moment. Et
l'état
hypnotique est un moment privilégié de contact
avec ces processus,
moment où affleurent et sont accessibles ces
mécanismes complexes
qui convertissent l'information psychologique à un niveau
somatique.

Les
métaphores
Une
difficulté psychologique ou un blocage répond
souvent à une impossibilité : le sujet
est bloqué
dans des stratégies conscientes qui n’apportent
pas satisfaction, entretiennent
ou nourrissent la difficulté. La résolution du
problème, installé dans une
impasse consciente (« encore plus de la
même chose », par exemple),
doit s’installer à un autre niveau, inconscient.
Le langage métaphorique est un
puissant processus d’activation de ce niveau
intérieur, inconscient, beaucoup
plus compétent